Archives pour la catégorie Le tiroir de Caroline

Quand la tête oublie, le corps se manifeste

C’est incroyable ce que le corps peut se manifester alors que la tête a fait le vide avec le temps !

Aujourd’hui Caroline est à fleur de peau. Elle se sent mal, la boule au ventre, comme ça, a priori sans raison.
Elle a une petite vie tranquille depuis la retraite, il fait un temps magnifique, et elle en a terminé avec sa rhino-pharyngite qui a duré pas loin de 3 semaines.  Tout devrait donc aller pour le mieux.

Alors pourquoi qu’est-ce cet état dépressif subit ?

Et là d’un coup elle prend conscience de la date du jour, et elle comprend !
Le 24 février il y a deux ans sa mère est décédée.

Un rapport, pas de rapport, mais quand-même c’est dingue !  Il semblerait que cette année son corps réagisse, comme un rappel à l’ordre, aux dates anniversaires des moments difficiles du passé que son cerveau avait refoulés au fin fond d’un tiroir !

Le 30 janvier  déjà,  le jour anniversaire du décès de son père 3 ans auparavant, elle s’est écroulée de fatigue.
Elle a été malade  jusqu’au 13 février,  date anniversaire de la cérémonie finale des obsèques, en passant les  11 premiers jours  confinée chez elle, seule, totalement épuisée, fébrile et toute grognoute.

C’est quand même étonnant cet écroulement physique cette année alors qu’elle ne pensait plus à cette triste période.  Mémoire somatique ? Elle ne sait pas … Quoi qu’il en soit, elle espère bien que ça ne sera pas tous les ans comme ça ! Faut pas déconner non plus !

En tous les cas le 1er mars tout ça va être derrière et la forme va lui revenir, c’est sur !

Note

Mémoire cellulaire donc, dixit l’ami Gilsoub 😉 🙂 

Farou le chien

Quand elle était toute petite Caroline avait pour nounou un chien,  un magnifique boxer, fidèle et d’une douceur incroyable avec elle.

Il s’appelait Farou.

Lorsqu’elle était bébé, ses parents pouvait la laisser seule sur un plaid dans le jardin avec le chien à proximité. Humain ou animal, personne ne pouvait l’approcher, il veillait.

Farou prenait son rôle de Nounou très au sérieux et allait même jusqu’à mettre le biberon d’eau dans la bouche de la petite.
Farou appartenait à sa mère, mais comme elle ne pouvait s’en occuper dans son nouvel appartement quand elle est partie à l’autre bout de la France, elle l’avait laissé.
Grand bien lui en avait pris car c’était le seul compagnon qui restait à Caroline pour combler sa solitude et apaiser la douleur du départ à tout jamais de sa mère et de son frère.

Les années passant, Caroline et Farou étaient devenus  inséparables. La journée, elle s’évadait avec lui au fond du jardin. Il partageait tous ses jeux.

Ils n’étaient donc jamais bien  loin l’un de l’autre… Sauf quand le tracteur arrivait.

Alors quelque chose d’incompréhensible se passait ,  Farou sautait par dessus la vigne et le grillage qui séparait le jardin de la route et se mettait à aboyer comme un fou autour de ce fichu tracteur jusqu’à ce que celui-ci arrive en haut de la côte. Caroline avait beau appeler le chien, rien n’y faisait.

Pourtant il en passait des tracteurs sur la route, mais non c’était celui-là l’ennemi et pas un autre !

A chaque passage  de ce tracteur devant le jardin, le scénario était le même.  Farou sautait par dessus le grillage  pour lui  aboyer après.   Et le paysan faisait exprès de zigzaguer sur la route pour suivre les déplacements du chien qui aboyait de plus belle.

Un jour,  alors que le chien  lui faisait face en reculant, le tracteur a fini par le coincer entre le mur qui bordait la route et un poteau électrique, et là… il l’a écrasé  !

Caroline horrifiée hurla !

Le chien couché sur l’asphalte ne bougeait plus.  Le tracteur quant à lui, poursuivit son chemin sans s’arrêter.

Caroline  hurlant et s’étouffant de sanglots courut vers la maison appelant son père  ‘papa, papa, Farou Farou‘…

Celui-ci effrayé par les cris anormaux de sa fille se précipita  à sa rencontre.

A partir de ce moment, Caroline traumatisée ne se souvient plus que de quelques flashs.
Son père portant le lourd corps de son chien gémissant et le déposant délicatement sur l’herbe ;
son père ramenant une grosse seringue dans un haricot en inox ;
son père lui faisant une piqûre  en disant ‘il n’y a plus rien à faire‘.
Et puis plus rien…

Son fidèle ami, son compagnon, sa nounou, son confident était  étendu là dans l’herbe, mort devant elle.

Et il n’y eut  pas un mot d’explication, pas un mot de consolation, pas un mot de réconfort, rien !

Caroline avait 6 ans. Ce jour là un grand vide et une profonde tristesse l’envahirent. Elle avait perdu son fidèle compagnon de jeu,  son confident. Et personne, ni rien ne la consola.

 

Caroline mon clone

Aujourd’hui en mettant de l’ordre dans mon PC, je suis tombée sur des textes de tranches de vie de Caroline.

Ah Caroline, mon double, mon clone,  je l’avais oubliée !

En 2007, j’avais brièvement annoncé dans un billet que je me mettrai de temps en temps dans sa peau pour raconter des bribes de son lourd passé d’enfant taciturne.

Et puis et puis, le temps s’est écoulé, l’évolution des choses de la vie ont fait que ses quelques souvenirs sauvegardés sont restés enfermés dans un « tiroir » de mon PC.

Il y a bien quelques traces de Caroline sur ce blog, mai si peu.

Tant de douleur et de souffrance morales dans ses textes… Je crois bien que c’est pour ça que je n’ai jamais pu  tout publier.

Pour tout dire Caroline est une dépressive chronique.

Elle s’en est rendue compte sur le tard alors qu’elle réfléchissait sur comment avait-elle pu devenir comme ça, avec cette envie de mourir permanente qui lui colle à la peau.

Pourtant elle aime la vie, elle apprécie chaque moment qui lui sont agréable…

Au plus loin qu’elle remonte dans sa mémoire, le départ de sa mère et de son frère quand elle avait 5 ans a été le premier traumatisme.

Puis il y a eu le décès de son chien, sa nounou, son confident écrasé sous ses yeux.

Plus grave, il y a eu le décès de sa petite cousine par alliance âgée de 5 ans écrasée par une voiture. Ce drame  a bouleversé sa vie.

A 8 ans, elle trouvait la vie injuste et ne pensait qu’à une chose, se jeter sous un train pour mourir mais elle ne l’a jamais fait car elle avait peur de se faire gronder si elle se ratait.
Alors à défaut elle allait se cacher au milieu des vignes ou en haut d’un arbre pour qu’on l’oublie.

Son entrée à l’internat à 10 ans la mise dans un état de grand vide et de désespoir intense.
Le décès de son grand-père qu’elle a appris par une étrangère l’a bouleversée.

Personne ne s’est jamais inquiété de savoir ce qu’elle pouvait ressentir face à ces événements de la vie. Elle était traitée comme une chose sans âme.

Heureusement en vieillissant elle a dépassé tout ça, et a fait le vide de tout ce qui lui faisait du mal.

Je peux dire qu’aujourd’hui Caroline est arrivée à atteindre un tel niveau de liberté dans sa tête et de sérénité qu’elle est enfin heureuse.

Je posterai peut-être quelques uns de ses textes, mais en les anti- datant pour les relier aux époques qui correspondent.

La dame aux chats s’en est allée

Et le chemin de la vie et de la mort continue…

Aujourd’hui Caroline et son frère ont perdu leur mère. Cette mère qui écrivait tant de méchancetés sur ses proches et n’avait d’amour et d’affection à donner qu’aux chats.

VarsovieElle était juge à la Fédération internationale féline et elle y consacrait tous ses loisirs. Elle avait même à une époque un élevage d’abyssins.

Un jour elle avait carrément déclaré que si elle en avait eu le droit légal elle aurait déshérité ses 2 enfants au profit d’associations félines. De toute façon elle n’aimait pas les enfants, et n’attachait guère d’importance à ses descendants.

Voilà, aujourd’hui elle s’en est allée paisiblement rejoindre ses chats vers d’autres cieux, libérée du mal terrestre  qui l’animait, et surtout du mépris que lui inspiraient les êtres humains. Peut-être, ma foi a-t-elle aussi rejoint son mari décédé si jeune…

Caroline, quant à elle, ses parents disparus tous deux à un an près, va désormais commencer une autre vie, une vie libérée de cette culpabilité permanente d’exister !

Il lui faudra certainement un peu de temps pour évacuer toutes ces ondes négatives remplies d’injustices et de mensonges pour renaître. Mais à quelques mois de la retraite, il n’est jamais trop tard…

RIP

Sois forte Caroline, tu n’as rien à te reprocher

Caroline ne va pas bien du tout. Le dernier spécialiste qu’elle a vu l’a comparée à l’usine AZF prête à exploser avec beaucoup de dégâts. Il s’est empressé de l’inclure dans un programme de suivi par un groupe de médecins pour éviter le pire.
Malheureusement chaque semaine qui passe, elle découvre des choses définitivement destructrices pour son moral et sa santé déjà bien abîmés, ce qui n’arrange pas les choses.

Sa mère partie en maison de retraite, elle a eu en charge de débarrasser tous les encombrants de sa maison, pas loin de 20 m3 pour le moment. Elle a eu également en charge de rendre les diverses connexions (orange, canal), d’arranger le jardin, de nettoyer, de trier encore ce qu’il reste à trier, de préparer une chambre pour son aîné pour qu’il puisse venir voir les travaux finis et ce qu’il reste à faire…. Bref encore beaucoup de boulot avant qu’il n’arrive…

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Elle a également en charge de nettoyer l’ordinateur de sa mère pour le donner à l’aide ménagère, devenue amie maintenant, car elle est la seule personne qui a bien voulu lui donner un coup de main efficace.

C’est là que le peu de courage qui restait à Caroline a été complètement anéanti.

En effet en nettoyant ce fichu PC, elle est tombée sur un document écrit par sa mère rempli d’horreurs sur elle, et laissé bien en évidence en plusieurs exemplaires pour être sur qu’il soit lu.
Mais comment peux-t-on écrire autant de méchancetés sur son propre enfant ? sans parler des mensonges ignobles qu’elle a mis noir sur blanc. Elle a bien sûr tourné tous les traits d’humour de Caroline en agression. Celle-ci savait que le second degré ne faisait pas parti de la culture de sa mère mais à ce point là ! Ce document est une litanie de plaintes contre Caroline la transformant en monstre ingrat et en aliénée mentale digne d’internement psychiatrique.

Sa mère n’a bien sûr pas cité la fois où avec sa petite fille, elles ont sauvé son mari d’une mort certaine. Elles l’avaient découvert chez lui en état d’urgence absolue après une chute. Elle a également omis de citer toutes les fois où Caroline lui est venue en aide, surtout lors de son arrivée dans cette nouvelle ville, ces années où elle lui a servi de dame de compagnie avec beaucoup de patience alors qu’elle-même avait un mauvais passage de sa vie à gérer, et ce jusqu’à ce que sa mère lui signifie par une lettre insultante pour l’anniversaire de ses 50 ans qu’elle ne voulait plus la voir. Son fils lui aurait conseillé de prendre ses distances avec sa fille pour qu’elle devienne adulte. sic !

Tout ce que voulait Caroline était d’aider sa mère à démarrer sa nouvelle vie après le décès de son mari et suite à son déménagement. Elle voulait aussi tenter de créer un lien affectif jusqu’alors inexistant. Elle voulait faire enfin connaissance avec elle après toutes ces années d’indifférence et de non communication. Raté ! Sa générosité l’aura perdu, c’est ainsi !

Caroline a détruit ces documents dévastateurs, mais pour le moment elle est sous le choc. Elle ne sait pas comment elle va s’en remettre. Prostrée, son corps et son coeur douloureux, sous antidépresseurs et opiacées, elle n’arrive plus à réagir. Elle aurait presque besoin de secours, et surtout de soutien.

Dans quelle mesure sa mère a-elle raison quand elle écrit que Caroline est psychotique, rongée par la paranoïa et qu’elle a des problèmes psychiatriques certainement dus à une éducation à laquelle elle n’a pas participé, insultant son père au passage ?
Bah bien sûr, quand elles ont été séparées, Caroline avait 5 ans et elle a été mise à l’internat à 10 ans ! Elle a ainsi très peu vu et communiqué avec sa mère. Et comme celle-ci a un profond mépris pour tout ce qui se rapporte à la région où a grandi Caroline, les gens, les lieux, et surtout son géniteur comme elle l’appelle, alors Caroline venant de ce milieu ne pouvait être qu’une plouc doublée d’une bécasse inculte, aliénée mentale de surcroît.

Mais Caroline dans sa douleur se pose des questions. Elle a atteint le trop plein de ce qu’elle pouvait encaisser des uns et des autres. Dans quelle mesure étant si monstrueuse aux yeux des siens devait elle continuer à vivre ?

Pourtant il y a quelques années en arrière, une psychiatre qui avait eu l’occasion de constater l’attitude de sa mère envers Caroline l’avait rassurée en lui disant que ce n’était pas elle le problème. Elle lui avait confié que celle-ci était non seulement une perverse narcissique manipulatrice, mais était dangereuse pour sa santé car toxique. Elle lui avait donc conseillé de s’en éloigner pour ne pas se laisser détruire. En effet, elle ne la voyait pas comme sa fille mais comme une rivale, car elle n’acceptait pas de vieillir  et jalousait sa jeunesse.
Caroline s’en est donc éloignée pour retrouver un peu de santé et de sérénité, mais c’est alors que sa mère a commencé à raconter et écrire des horreurs sur sa fille en laissant des traces pour qui veut bien l’entendre et que sa fille ou son fils tombent dessus un jour ou l’autre. C’est fait !! Bien sur son frère a pris le parti de sa mère. Pourquoi ne la croirait-il pas ? il ne connait rien de la vie de sa sœur.

Mon dieu toute cette haine qui entoure Caroline ! Comment, mais comment va-t-elle survivre à ça ? Parce que c’est sur, elle a surement encore des monstruosités à découvrir en continuant à faire le tri dans cette maison qu’elle déteste tant… Et tout le monde autour d’elle n’est pas des plus bienveillant…

Je t’en pris sois forte Caroline, tu n’as rien à te reprocher, tu as toujours fait ce que tu as pu selon tes moyens. Et tu as toujours été là quand il le fallait. Ne regrette rien !

Le regard qui tue

Caroline a encore eu droit au regard qui tue de sa mère aujourd’hui.
Elle était juste passée boire le café chez elle pour prendre des nouvelles. L’aide ménagère était là, elles en ont profité pour papoter toutes les deux.

La mère de Caroline n’a bien sûr pas apprécié cette visite et s’est mise à faire la tête. Cette tête que Caroline connait bien avec ce regard noir plein d’animosité.

Très égocentrique elle n’a jamais aimé que quelqu’un d’autre qu’elle monopolise l’attention. Tout doit être centré sur elle.
Alors quand elle a réalisé que SON aide ménagère s’entendait bien avec Caroline, et qu’elles avaient des choses à se raconter, elle ne l’a pas supporté.
Sa jalousie s’est mise en branle, son regard s’est noirci et elle est devenue cassante.

Bien sûr son changement d’attitude n’est pas passé inaperçu aux deux jeunes femmes.

Qu’importe, Caroline a l’habitude, sa mère ne l’a jamais regardée comme sa fille mais comme une rivale.
Même quand elle était enfant, le peu de fois où elles se voyaient, elle n’a eu droit qu’à des regards durs et hautains, et jamais un sourire…

En plus, plus elle vieillit plus elle devient tatie Danielle.

Mais Caroline est blindée,  malgré ce regard qui tue et ce manque de lien affectif, elle sera quand même là avec son aîné pour l’accompagner jusqu’au bout de son chemin.

Caroline a de la peine

Caroline a des soucis de santé. Elle les gère seule sans soutien affectif, sans rien dire à personne,  elle a l’habitude. Caroline a toujours eu des soucis de ce côté là, et a toujours géré ça toute seule.

L’autre jour Caroline rencontre une amie de sa mère dans le métro, le monde est petit.

Caroline n’a pas de relation avec sa mère. Aucun lien affectif ne les unie. Elles ne se fréquentent pas.

Quand bien même, l’amie demande des nouvelles de Caroline, voit qu’elle n’a pas l’air en forme et dit qu’elle transmettra les nouvelles à sa mère, parce que quand même faut qu’elle sache que Caroline a des soucis et a besoin d’aide. Un petit coup de pouce ne lui ferait pas de mal.

Caroline poursuit sa route et oublie.

L’amie transmet les nouvelles à la mère. La mère indifférente détourne la conversation d’un haussement d’épaule pour parler d’elle comme à son habitude. Égocentrique, tatie Danielle à ses heures, incapable de compassion, elle n’a toujours été intéressée que par elle-même et tout ce qui tourne autour d’elle. Les autres ne l’ont jamais intéressés, même ses petits enfants et arrière petits enfants qu’elle ignore à Noël. De toute façon elle n’aime pas les enfants. Alors Caroline, malade ou pas, dans le besoin ou pas, elle s’en fiche bien, ça ne la concerne pas  !

L’amie appelle Caroline pour lui rapporter la conversation, lui précisant bien de ne pas s’inquiéter pour sa mère, car elle, elle va très bien, ne manque de rien, et est bien entourée par son personnel de service.

Caroline raccroche le téléphone, et part les épaules lourdes pour son énième RV médical.

Caroline a de la peine et se sent encore plus seule.

Reproches et éloignement

Reprocher à une adulte ad vitam eternam comment elle était toute petite alors qu’elle n’y était pas pour grand chose vue la responsabilité de ses parents, c’est un peu hard. La traiter à part à cause de ça en l’écartant du reste de la famille à vie comme si elle était une étrangère, encore plus !

Aujourd’hui la petite fille devenue adulte vit dans la solitude et la culpabilité comme si elle avait fait quelque chose de terrible… Pourtant aux dires de ses aînés qu’il lui arrive de voir tous les deux ou trois ans, elle avait juste une sensibilité exacerbée, et pleurait souvent. Quoi de plus normal quant à 5 ans on se retrouve séparée de la moitié de sa famille, mère et frère, et qu’on grandit ensuite à coup de baffes, sans amour ni affection.

Les adultes ne pensaient qu’à faire leur vie, et cette petite fille était bien gênante au milieu de ce couple recomposé. L’objectif était donc de se débarrasser de ce boulet, ce vilain petit canard empêcheur de vivre en rond, témoin de scènes pas très glorieuses. L’internat fut la première étape. Ensuite on lui fit comprendre qu’elle n’était pas la bienvenue dans la maison familiale, et on l’écarta du reste de la fratrie.

Mais finalement quand on y réfléchit bien, ce n’est pas son caractère hyper sensible reproché encore aujourd’hui qui était dérangeant, c’est surtout qu’elle restera à tout jamais le seul témoin d’histoires d’adultes pas très jolies. Histoires du passé qu’on lui fait encore peser sur ses frêles épaules, histoires dont elle se fiche, qui ne la concernent pas, pour lesquelles il y a prescription, et dont elle a effacé le peu de souvenirs pour vivre son présent et son avenir à elle.

Aujourd’hui de guerre lasse, fatiguée de reproches, de vaines tentatives d’approche, de discussions stériles et de justifications, Caroline se dit qu’il est temps qu’elle fasse enfin son deuil de cette famille qui ne veut définitivement pas l’accepter telle qu’elle est, ni l’accueillir en son sein.

Pourquoi tu pleures ?

« Pourquoi tu pleures ? »
Caroline pleurnichait souvent dans son coin. Sa mère lui manquait terriblement, et elle se sentait si seule depuis qu’elle était partie avec son frère. Toujours repoussée, mise à l’écart, elle comprenait très bien qu’elle gênait ce nouveau couple formé par son père et la bonne…

« Pourquoi tu pleures ? »  Répéta sa marâtre agacée, « Répond quand je te parle. » 
Caroline ne pouvait répondre, ne pouvait expliquer pourquoi elle pleurait. Elle avait peur, mal au ventre et répondant intérieurement « je veux ma maman, je veux ma maman ! »  elle se mit à pleurer de plus belle.

« Aaaah tu ne veux pas répondre ! » Gronda la belle-mère énervée, « et bien tu vas savoir pourquoi tu pleures après ça ! »
Et une déferlante de violentes paires de claques tomba alors sur la figure et les fesses de la pauvre Caroline.
Pleurant de plus belle, elle appelait dans sa tête « maman, maman ! »
« Voilà ! maintenant au moins tu pleures pour quelque chose ! »  conclut la marâtre calmée en tournant les talons. Caroline se retrouvait alors seule face à son désespoir et sa douleur.

Où commence la maltraitance enfantine ? Question que Caroline s’est souvent posée une fois adulte.

Vacataire à 50 ans, c’est recommencer à zéro

Dans sa vie professionnelle ou personnelle, Caroline a du plusieurs fois recommencer à zéro. Mais à plus de cinquante ans, elle commence à en avoir assez, et aurait bien aimé retrouver un salaire décent en rapport avec son cursus. Seulement voilà, après des années de chômage, le privé ne voulant plus d’elle en raison de son âge, elle n’a pas eu d’autre choix que de postuler pour des vacations dans la fonction publique territoriale. Et là, malgré ses diplômes et des années d’expériences, elle est considérée comme une débutante et est rémunérée comme telle. Dans la fonction publique, les vacataires ne peuvent pas s’attendre à grand chose d’autre. Même s’ils remplacent des agents titulaires qui ont moins d’expérience et le double de salaire, ils ont un statut inférieur, inférieur même à celui des contractuels.

Aujourd’hui ça fait plus de 18 mois que Caroline est vacataire, au bas de la catégorie B. Elle a encore 6 mois de remplacement devant elle. Ensuite, si elle est titularisée sans concours, son statut et son salaire vont encore régresser pour être au bas de l’échelle, catégorie C… Il lui reste la solution concours, mais si elle l’a, elle devra être stagiaire pendant un an et question salaire c’est à peine mieux.
Etre traitée  comme une débutante sortant de l’université, quand on est quinqua, détenteur d’un Master II d’une grande école, et qu’on a été cadre pendant plusieurs années, c’est dévalorisant. Surtout quand on sait que l’administration profite des vacataires pour bénéficier de leur expérience à moindre frais, et que rien n’est fait syndicalement pour améliorer la situation.

Il reste encore un peu plus d’une dizaine d’années de travail à Caroline avant la retraite. Quoi qu’elle fasse dans la fonction publique, concours ou pas concours, d’après les grilles elle ne retrouvera jamais un statut et un salaire équivalents à ceux qu’elle avait dans le privé il y a 10 ans. Et le privé c’est fini pour elle. Même si sa situation est précaire dans le public, elle est quand même plus sûre…  Alors plutôt que courir, elle préfère tenir tant qu’elle peut, ne serait-ce que pour survivre…